Des découvertes archéologiques en Normandie prouvent l’abondance des huîtres et leur
importante consommation depuis des siècles.
Avec la consommation sans cesse croissante, au fil des sièlces, les producteurs de la côte
normande ont amélioré les techniques d’exploitation de l’huître. Après la simple cueillette, une pêche
intensive des gisements naturels s’est développée avec stockage eparcs, faisant place par la suite à
l’élevage proprement dit C’est cette histoire essentielle pour la Normandie que nous allons retracer.
De la cueillette à la pêche (du Ier siècle au XIXème siècle)
Pêchées en bateau ou à pied, les huîtres plates (Ostrea edulis) jalonnent les côtes de Normandie. Entre Honfleur et Le Mont Saint Michel, les principaux gisements sont situés à Langrune, Bernières, Courseulles, Isigny sur mer, Saint Vaast la Hougue, Barfleur et Granville.
Des écrits du XVIIIème siècle décrivent les différentes méthodes de pêche. Les huîtres se pêchent à la mer sur des fonds durs, ou sur des rochers où elles croissent, se multiplient et se groupent les unes les autres. On en ramasse aussi beaucoup à pied sur la côte durant les basses mers. Il y avait à Granville 27 petits bateaux et chaloupes et de sept à huit hommes d'équipage. Ils font cette pêche à la voile et ont deux dragues pour chaque bateau pour pécher a babord et à tribord. Ils reviennent tous les soirs à terre et débarquent les huîtres de leur pêche qu'ils mettent en parcs sur la grève ou les femmes les rangent en gros sillons pour les faire dégorger.
En bateau, la pêche à la drague est la plus courante. Cette drague ou chausse est une espèce de filet, qu'on fait en entrelaçant des lanières de cuir de boeuf. L'embouchure est montée sur un châssis de fer, lequel racle le banc en détachant les huîtres qui tombent dans la manche. Les pêcheurs peuvent emporter jusqu'à deux cents huîtres d'un seul coup de drague. Mais il existe aussi une pêche avec de longs râteaux.
L'édit de Louis XIV de mars 1691 réglemente la pêche et le commerce de l'huître en instaurant un office qui accordait au bénéficiaire tous les droits sur la pêche, le parcage et la vente des huîtres. Dès le début du XVIIIème siècle, les temps de pêche sont réduits à Granville. En effet, St Vaastais, Barfleurais et Anglais vont à cette époque dans la baie de Granville et prélevent en très grande quantité l'huître. En 1711 un arrêté du Conseil du Roi rendit la pêche (sauf l'interdiction d'été), la vente et le débit des huîtres entièrement libres.
Un arrêté d'avril 1713 obligea les pêcheurs d'huîtres à Granville de pêcher la moitié de leur charge en petites huîtres, car ils ne prenaient que les grosses qu'ils devaient mariner pour atteindre Paris fraîches au contraire des petites. En 1744, les bans furent dégradés par un dragage intensif, mais la guerre de la Succession d'Espagne suspendit pratiquement la pêche pendant quatre ans permettant aux bancs de se repeupler. Pendant la guerre de 1756 à 1763, l'Amirauté de Granville leva l'interdiction de la pêche des huîtres en été pour subvenir à l'alimentation de la population.
M. Fougeroux de Bondarroy dans un mémoire sur les huîtres probablement écrit vers 1785 rapporte que 40 à 50 bateaux font presque journellement la pêche à Granville et ramasse à chaque marée de 25 à 30 000 huîtres. Les barques contiennent 40 à 50 tonneaux, un mât, une voile carrée et un cul quarré. 7 à 8 hommes d'équipage sont nécessaires pour soulever successivement deux dragues (Il y en a toujours une sur le fond pendant que l'autre est levée).
En 1786, sur la baie du Mont St Michel, le Contrôleur Général demande une étude sur les causes de la dépopulation de l'huitre. Suite à l'enquête, il y eût un arrêt du Conseil d'Etat du Roi règlementant la pêche des huîtres dans la baie du Mont St Michel en date du 20 juillet 1787, qui souleva de nombreuses protestations des Granvillais.
Le XVIIIème siècle a véritablement vu l'essor du commerce de l'huître, qui a pris une place prépondérante dans l'économie locale et de la région. Le marché grandissant, l'exploitation des huîtrières est de plus en plus importante, sans que les textes de loi de plus en plus contraignants ne soient réellement appliqués.
En 1814 devant la dimimution de la production d?huitre, une supplique fut envoyée au roi Louis XVIII, pour que la pêche fût réglementée. En juillet 1816 fut édicté un règlement très important et novateur sur la pêche des huîtres dans la baie de Granville. Il obligeait les navires étrangers et français (autres que les navires Granvillais) à demander une autorisation de pêche des huîtres. La pêche était strictement prohibée du 1er ou du 30 avril au 15 octobre. Les modalités d?accès aux bancs, comme celles du commerce, furent précisées et contrôlées par des gardes-jurés.
L'application de ce règlement aboutit entre 1851 et 1853 aux plus belles années de la pêche des huîtres à Granville. Cette prospérité semblait pouvoir durer indéfiniment, mais dès 1856 les rendements commencèrent à diminuer.
Sur St Vaast la Hougue, de 1874 à 1889, la pêche des huîtres décroît pour faire place aux débuts de l?ostréiculture proprement dit. Ce déclin a bien sûr un impact socio-économique, car la pêche des huîtres permettait notamment le travail de 300 femmes et nourrissait ainsi de nombreuses familles.
Ainsi le règlement du 20 juillet 1787 instituant la fermeture des parcs de Saint Vaast la Hougue et Courseulles au profit de Fécamp a été très mal reçu par les pêcheurs de Granville à Honfleur.
Le développement industriel et les caractères géomorphologiques et hydrodynamiques des côtes de la Haute-Normandie n?ont par la suite jamais permis un essor de la conchyliculture, qui n'est pas présente sur le littoral de cette région.
L'histoire de l'huitre en Normandie a été jalonnée par des rivalités. La Baie du Mont St Michel a été le théâtre d'une opposition entre Cancalais d'un côté, et Granvillais et St Vaastais de l'autre et des conflits avec des bateaux de pêche anglais, venus pour la plupart de Jersey, éclatérent à partir de partir de 1821.