Des découvertes archéologiques en Normandie prouvent l’abondance des huîtres et leur
importante consommation depuis des siècles.
Avec la consommation sans cesse croissante, au fil des sièlces, les producteurs de la côte
normande ont amélioré les techniques d’exploitation de l’huître. Après la simple cueillette, une pêche
intensive des gisements naturels s’est développée avec stockage eparcs, faisant place par la suite à
l’élevage proprement dit C’est cette histoire essentielle pour la Normandie que nous allons retracer.
Du parcage à l'ostréiculture (du XVIème siècle à nos jours)
L'apparition des parcs permet à l'homme de contrôler le cycle de production des huîtres, sauf la naissance et la fixation des larves. Le prochain pas vers l'ostréiculture, alors que la pêche régresse considérablement, est la maîtrise du captage des huîtres : Poser des collecteurs pour que les « petites huitres » (larves de 2 à 3 semaines qui cherchent à se fixer sur tout support qui se présente) se métamorphosent lorsqu'elles se fixent.
Dès le milieu du XIXème siècle, les administrations s'alarment de la réduction des gisements, et tentent de trouver des solutions en faisant appel à des scientifiques afin de repeupler les bancs.
En 1858, Victor Coste, s'inspirant des Italiens, sème des huîtres adultes en rade de St Brieuc et récolte du naissain (petites huîtres) sur des branches.
A partir de cette expérience, sur tout le littoral français, la recherche se développe afin de trouver la meilleure technique de captage en relation avec les spécificités locales.
En Normandie vers 1860, à Regnéville, dans un ensemble de bassins creusés de quatre hectares et abrités des vents d'ouest par d'importantes digues, que Sarah Félix (Comédienne célèbre à Paris) et ses associés créent les « Huitrières de Regnéville » en installant leurs collecteurs de naissain (Tuiles de faîtage recouvertes de papier fixe sur le pourtour avec du ciment.)
C'est pourquoi Alexandre Dumas ne mentionne qu'une espèce d'huître dans son Traité de cuisine, celle de Regnéville.
Les huîtres de dragage étaient étalées dans les parcs, recouvertes de tuiles chaulées sur lesquelles se fixait le naissain. La méthode a fonctionné, mais la production est toujours restée faible. Donc l'entreprise est toujours restée tributaire de la pêche et a aussi accumulé les problèmes techniques. En 1878, un an après la mort de Sarah, c'est la faillite.
Mais il est très vite apparu que la Normandie n'était pas propice au captage des huîtres, compte tenu de ses fortes marées et surtout de la fraîcheur de son eau. Aussi le naissain d'huître portugaise (Crassostrea angulata) est importé essentiellement des bassins spécialisés comme Arcachon ou le perthuis charentais, alors que le naissain d'huître plate vient de la Bretagne.
A St Vaast la Hougue, en 1877, les premiers essais pour élever du naissain venant d'Auray (Vendée) ou d'Arcachon (Aquitaine) n'ont pas été concluants.
En 1880 la station ostréicole du Cul-de-Loup (créée par l'Etat) a semé 20 000 naissains venant d'Hossegor (Aquitaine) et ce naissain, ayant résisté à l'hiver rigoureux et montrant une croissance importante, les particuliers suivent l'exemple.
Ainsi 37 hectares sont mis à la disposition des ostréiculteurs qui construisent des parcs. Afin de mieux protéger le naissain lors de sa pousse, on le place dans une caisse en bois, ajouré par du grillage. Une fois atteint la taille de 4 cm, les huîtres étaient semées à la volée, puis hersées ou ratissées pour les sortir du sable et diminuer leurs lèvres coupantes (technique de la culture à plat). La main-d'oeuvre nécessaire était importante car le travail d'entretien des parcs et de surveillance des huîtres prenait beaucoup de temps. Peu de parcs se prêtaient à l'élevage au sol (quelques dizaines d'hectares), car il faut un sol non vaseux avec du gravier et situé dans un secteur bien abrité.
La réussite confirmée d'année en année de cet élevage d'huîtres essentiellement portugaises va entraîner un développement majeur de l'ostréiculture sur le secteur de St Vaast la Hougue.
Cependant, de nombreuses difficultés techniques et financières, ne permettront pas la création de nombreuses entreprises. Entre 1925 et 1955, une douzaine d'ostréiculteurs s'installe et applique la méthode de la culture à plat. Mais en 1965, il en reste seulement une demi-douzaine, pour une production avoisinant les 300 tonnes.
Parmi ces précurseurs, on retrouve des entreprises encore existantes à l'heure actuelle comme Hélie et fils ou l'Huîtrière de Normandie (Lucien Marie, Pierre et André Labadie et Pierre Courtin).
Une véritable révolution dans l'activité ostréicole de St Vaast la Hougue a lieu en 1964. L'introduction de l'élevage surélevé sur table (procédé connu au Japon depuis 1933), d'abord dans des caisses en bois fixées sur de petits pieux. Mais la durée de vie des caisses est courte, elles sont alors remplacées par des poches en plastique, qui sont commercialisées dés 1970. On les pose d'abord sur de vieux lits de camp, puis sur des structures standardisées : les tables ostréicoles maintenant les poches à 40 cm du sol.
Toutes les conditions techniques sont alors réunies pour voir s'étendre les surfaces exploitables. Mais, en 1967, l'huître portugaise est victime d'une maladie virale.