L’Histoire

En Normandie, territoire largement ouvert sur la mer, on pratique la pêche depuis toujours. Cette économie ancestrale s’est enrichie depuis un demi-siècle d’une activité ostréicole en pleine expansion.

La région, qui commercialisait en 1970 un millier de tonnes d’huîtres (3% de la production nationale), est passée dès 1976 à 10 000 tonnes (12%). Avec 27 000 tonnes produites en 2009, elle est devenue la première région productrice d’huîtres en France.

Vaches, pommiers, maisons à colombages… Ces images de la Normandie terrienne, paysanne, font souvent oublier que la Normandie est aussi, et surtout, une région maritime. Activité séculaire, la pêche a toujours occupé une place importante dans l’économie locale. Pendant des siècles, la flottille normande a ramené au port poissons et coquillages, consommés localement ou expédiés vers Paris. Dans les dernières décennies, cette « pêche de cueillette » s’est complétée d’une production aquacole et conchylicole, dans laquelle l’huître occupe une part prépondérante.

L’ostréiculture démarre véritablement vers 1880 à Saint-Vaast la Hougue et se fait à même le sol. L’activité connaît une expansion dans les années 1960 dans ce secteur, mais également sur la côte Ouest de la Manche et de la Baie des Veys (Calvados), avec une nouvelle technique d’élevage dite en “poches surélevées”.

Dans le milieu des années 1960, l’ostréiculture normande passe à une nouvelle étape, l’introduction de l’élevage sur table

Les huîtres sont placées dans des poches disposées sur des tables métalliques, les maintenant à environ 40 cm du sol. On s’aperçoit alors que cette nouvelle technique améliore la longévité des huîtres. De plus, les huîtres « parquées » s’ouvrent et se ferment selon l’alternance des marées, qui en Normandie sont parmi les plus fortes d’Europe. Ce faisant, elles se bonifient, acquièrent consistance et saveur…

En 1967, l’huître portugaise, victime d’une maladie virale, est remplacée par une variété originaire du Japon (Crassostrea gigas). Dès le début des années 1970, l’huître creuse japonaise s’implante avec succès sur l’ensemble des bassins français. La filière ostréicole normande continue à se développer et à s’organiser : dans les années 70 la plus grande écloserie-nurserie d’huîtres en Europe voit le jour à Gatteville, et ici et là, des ostréiculteurs se regroupent pour gérer, de façon collective, des sites alimentés en eau de mer… Autant de démarches qui contribuent au dynamisme de la profession. L’activité se concentre principalement sur les côtes est et ouest du Cotentin et la Baie des Veys, où les huîtres bénéficient de la richesse en plancton des eaux littorales brassées par les plus grandes marées d’Europe : jusqu’à 14 mètres d’amplitude et 6 kilomètres d’estran. Les zones ostréicoles de la côte ouest s‘étendent progressivement vers le nord jusqu’à St-Germain-sur-Ay et au sud jusqu’à Chausey.

Dans ces années de forte expansion, l’huître prend même le pas sur la moule : plus de la moitié des surfaces mytilicoles est réorientée vers l’ostréiculture. De nouvelles concessions d’occupation du domaine public maritime sont accordées, comme le site d’Asnelles-Meuvaines, dans le Calvados. La superficie des parcs ostréicoles normands est aujourd’hui d’environ 1 100 hectares. La région, qui commercialisait en 1970 un millier de tonnes d’huîtres (3% de la production nationale), est passée dès 1976 à 10 000 tonnes (12%). Avec 27 000 tonnes produites en 2009, elle est devenue la première région productrice d’huîtres en France.